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  • Le regard de trois générations tibétaines sur la poterie noire de Nyishar

    Publié le 2025-02-11 à 10:18  |  China Tibet Online

    ? Mon oncle, lors des diffusions en direct, tu ne peux pas juste fabriquer de la poterie noire sans parler… ? Pendant les vacances du Nouvel An chinois, Larong Dianba, un jeune Tibétain de 24 ans, est retourné dans son village natal, dans le canton de Nyishar, à Shangri-La, dans la préfecture autonome tibétaine de Dêqên, province du Yunnan, pour partager son expérience du streaming avec les habitants. Lorsqu'il s'est précipité dans le cadre de la diffusion en direct, son interaction amusante a attiré de nombreux internautes.

    ? Noir comme la laque, brillant comme un miroir, dur comme de la porcelaine ? : la poterie noire raffinée est un joyau de l'art et de la culture tibétains, dont l'héritage remonte à plusieurs millénaires. Situé le long de l'ancienne Route du thé et des chevaux, le canton de Nyishar est réputé pour sa production de poterie noire, une activité à laquelle se consacrent de nombreux artisans tibétains. Parmi eux, Lurong Enzhu, agé de 57 ans, est l'un des plus talentueux. Dans ses souvenirs, la poterie noire a accompagné les évolutions du mode de vie de la population tibétaine.

    à l'origine, les ancêtres tibétains utilisaient ces objets en poterie noire – théières, pichets à alcool, ustensiles de cuisine – dans leur quotidien. Avec l'ouverture de la Route du thé et des chevaux, ces poteries ont traversé les hautes montagnes au son des clochettes des caravanes, devenant une ressource essentielle pour la population tibétaine qui les échangeait contre des vêtements et des denrées alimentaires.

    ? à l'époque de mon père, on transportait encore la poterie noire sur le dos des hommes ou à dos de cheval pour la vendre dans les districts et villes voisines ?, se souvient Lurong Enzhu. ? Lorsque j'étais enfant, les routes étaient difficiles d'accès, et mon père mettait deux jours pour aller et revenir du chef-lieu du district. ?

    Aujourd'hui, le réseau routier et aérien de Dêqên ne cesse de s'améliorer. Il y a un peu plus d'un an, la mise en service du chemin de fer reliant Lijiang à Shangri-La a mis fin à l'absence de trains dans la préfecture. La poterie noire, au même titre que le b?uf yak et le porc tibétain, a quitté les montagnes pour devenir un produit phare du tourisme culturel de Dêqên.

    Avec la génération de Larong Dianba, la technique de fabrication de la poterie noire s'est affinée et ses usages se sont diversifiés : vases, bijoux, sculptures… Les artisans de Nyishar innovent sans cesse et proposent même des créations sur mesure adaptées aux demandes du marché.

    Dès son plus jeune age, Larong Dianba a appris l'art de la poterie noire auprès de son père et des villageois. Mais après avoir quitté son village pour ses études, il a peu à peu perdu la main. Pourtant, il n'a jamais cessé de réfléchir à la manière de faire rayonner cet artisanat.

    ? La fabrication de la poterie noire tibétaine est désormais inscrite au patrimoine culturel immatériel national, mais elle manque encore de notoriété ?, explique-t-il. Grace aux connaissances en numérique qu'il a acquises, il filme et partage sur les réseaux sociaux des vidéos montrant les différentes étapes de fabrication.

    Grace aux efforts de Larong Dianba, l'atelier familial a vu ses commandes augmenter. Des touristes, aussi bien locaux qu'étrangers, viennent désormais acheter sur place, et les ventes en ligne ont également connu une nette progression. Pendant son temps libre, il enseigne aux habitants du village comment animer des diffusions en direct.

    ? Quand j'étais petit, mon père et les oncles du village m'apprenaient à fa?onner la poterie. Aujourd'hui, c'est mon tour de leur apprendre à en faire! ? s'amuse-t-il.

    ? Regardez, voici un porte-stylos en poterie noire que j'ai fabriqué en classe ! ? s'exclame avec fierté Lurong Yangzom, une jeune Tibétaine, en montrant son ?uvre aux invités venus chez elle pour le Nouvel An.

    Dans son école primaire de Shangri-La, l'art de la poterie noire de Nyishar, la peinture de thangka et la teinture traditionnelle bai ont été intégrés au programme scolaire, suscitant un grand enthousiasme parmi les élèves et leurs parents.

    Le cours de poterie noire est le préféré de Lurong Yangzom : non seulement elle peut s'amuser avec ses camarades en modelant l'argile, mais elle peut aussi leur faire découvrir la culture tibétaine.

    ? Mon grand-père m'a dit que la poterie noire de Nyishar existe depuis plus de 3 000 ans. Moi aussi, je continuerai à la transmettre ?, affirme-t-elle avec détermination.

    (Rédactrice : Estelle ZHAO)

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