à midi du premier jour de l'an, nous invitons nos voisins et nos proches à la maison. En plus du riz et des légumes, dans les régions pastorales, les h?tes préparent également des têtes de b?uf et de mouton pour accueillir les invités. Les adultes raffolent de la viande, tandis que les jeunes préfèrent les légumes variés. L'après-midi, nous dégustons des racines de potentille ansérine mélangées avec du beurre ainsi que des baozi à la viande.

De la viande de b?uf cuite

Des baozi à la viande de b?uf et des racines de potentille ansérine
Après le repas, nous, les enfants, préparons de grands bols en bois spécialement destinés à boire du vin d'orge. Le bord du bol est décoré avec de délicats motifs de bon augure sculptés du beurre, puis rempli de vin d'orge, que l'on se passe les uns aux autres. Avant de boire, nous trempons notre annulaire dans le vin, l'effleurons avec le pouce, puis projetons quelques gouttes en l'air, répétant ce geste trois fois pour honorer les divinités. Ensuite, nous chantons une chanson en signe de bénédiction pour les convives. Comme les bols sont grands, ceux qui ont une faible tolérance à l'alcool se contentent d'une petite gorgée, tandis que ceux qui tiennent bien l'alcool peuvent tout boire.
Vient ensuite le moment des festivités. Certains chantent à pleine voix, d'autres dansent avec entrain la danse guozhuang dans la cour, tandis que certains grignotent des graines en discutant. Les femmes échangent sur la vie quotidienne, et les hommes débattent des nouvelles et de l'actualité, dans une atmosphère chaleureuse et harmonieuse.
Le troisième jour du Nouvel An, il faut se lever t?t pour rendre hommage aux divinités des montagnes. La veille, nous préparons les offrandes : du lait, du vin d'orge, du thé clair, ainsi que du ? sang ? (des branches de pin et de cyprès en offrande), de l'encens, des lungta (papiers de prières) et des khatas.
Après le petit-déjeuner, mon père et mon frère, habillés avec soin, partent vers la montagne. Au pied de celle-ci, ils déposent les offrandes, dispersent les lungta et récitent des prières, demandant la protection des divinités pour une année placée sous le signe du bonheur et de la santé.
Les festivités du Nouvel An tibétain se poursuivent jusqu'au quinzième jour du premier mois lunaire. Nous profitons donc d'un long repos pour rendre visite à nos proches, nous réunir en famille et passer du temps avec nos parents.

Une offrande de combustion de branches de pin et de cyprès à la montagne
Aujourd'hui, le Nouvel An tibétain évolue avec son temps. Par exemple, autrefois, les femmes tressaient minutieusement leurs cheveux après les avoir lavés le 29e jour du dernier mois lunaire. Désormais, elles les attachent simplement, trouvant que les coiffures d'antan, bien que magnifiques, demandent trop de temps et sont peu pratiques. De même, nous avions l'habitude d'aller puiser de l'eau à la rivière au matin du premier jour de l'an, alors qu'à présent, chaque foyer dispose de l'eau courante, rendant cette tradition moins courante. Avec l'intensification des échanges entre les différentes ethnies, certaines nouvelles coutumes sont apparues. Par exemple, il n'était pas d'usage d'accrocher des couplets de Nouvel An à l'entrée des maisons, mais cette pratique s'est répandue, tout comme la distribution d'étrennes aux enfants par les adultes.

Des couplets de Nouvel An tibétain
Bien que le Nouvel An tibétain s'enrichisse et évolue avec l'époque, nombre de traditions essentielles restent vivaces et perpétuées, comme la consommation du ? gutu ?, l'offrande du ? qiema ? ou encore l'hommage aux divinités des montagnes. Le Nouvel An tibétain d'aujourd'hui me para?t encore plus riche et plus enthousiasmant que celui de mon enfance. Après tout, le monde change, et chaque génération doit pouvoir célébrer cette fête de manière unique et diversifiée, tout en chérissant et en protégeant son héritage culturel. Cette tradition ne saurait ni ne devrait rester figée dans le temps. Je souhaite que le Nouvel An tibétain puisse continuer de relier le passé et l'avenir, la tradition et la modernité, et qu'il devienne, pour chaque enfant, un souvenir inoubliable. Comme moi, je veux que chaque année, ils l'attendent avec impatience.
(Rédactrice : Lucie ZHOU)